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GRADIS (H.). Histoire de la Révolution de 1848.

GRADIS (H.). Histoire de la Révolution de 1848.

Ref: LAR217-0001

460. GRADIS (H.). Histoire de la Révolution de 1848. P., Michel Lévy, 1872, 2 vol. in-8°, d.-chagr. aubergine, dos à 5 nerfs ornés de filets dorés et à froid, 344 et 394 pp. Bel exemplaire. (124)
Le Gouvernement provisoire. La Commission exécutive. Cavaignac.

L’auteur de ce livre est avant tout un esprit modéré : il regarde la monarchie constitutionnelle comme le gouvernement qui convient le mieux à la France ; cependant, tout en ne dissimulant pas ses préférences, il reste impartial pour tous. Le gouvernement de février, dit-il, fut un gouvernement d’honnêtes gens ; il n’eut jamais recours à la violence, et fit pour le maintien de la paix en Europe des efforts dont il lui faut savoir gré. L’éloge est certes très mérité pour quelques-uns des hommes de 48 ; mais les événemens n’ont que trop prouvé que ceux qui déchaînent les tempêtes sont impuissans à les calmer. L’histoire de la révolution de février n’est en réalité qu’une lutte de la modération contre la violence, du bon sens public contre les utopies politiques et sociales d’une minorité aussi ardente, aussi ambitieuse de s’emparer du pouvoir pour elle seule qu’elle était incapable de l’exercer. Quand on lit le récit calme et sévère de M. Gradis, qui laisse toujours parler les faits, on est frappé d’un étonnement douloureux en voyant l’ascendant que les rhéteurs et les sophistes prennent sur la foule par des phrases sonores et vides, combien il est facile de nous duper par des promesses irréalisables, et avec quelle effrayante uniformité se reproduisent les mêmes enthousiasmes irréfléchis, les mêmes fautes et les mêmes malheurs.

Placés entre deux partis extrêmes, l’un qui s’attache obstinément au passé, l’autre qui veut tout détruire et tout renouveler, nous avons traversé depuis tantôt un siècle toutes les formes de gouvernement, nous les avons épuisées toutes, et à chaque nouveau changement politique, tout en croyant faire table rase du passé, nous lui empruntons ses plus mauvaises traditions. La montagne de 1848 n’a été que la contrefaçon puérile de la montagne de 1793, comme les deux empires ont été la contrefaçon de la monarchie de Louis XIV, frelatée de fausse démocratie ; la politique, qui est une science exacte, basée sur l’observation des hommes et des faits, la conciliation des intérêts et le respect des droits de chacun, a été transformée, par certaines écoles et certains partis, en une sorte d’empirisme aveugle qui sacrifie tout aux théories préconçues. Ce sont là des vérités qui ressortent à chaque page du livre de M. Gradis. Dès les premiers jours de la révolution de février, la partie modérée du gouvernement provisoire est débordée par les ultra-révolutionnaires. Les clubs, comme en 93, entrent en lutte avec l’assemblée légale, et marchent contre elle au 15 mai comme les sections au 13 vendémiaire. Les dernières couches sociales, pour lesquelles le mot de révolution est trop souvent synonyme de dévastation, mettent au pillage les châteaux de Neuilly et de Suresnes ; elles coupent des ponts, enlèvent les rails sur les chemins de fer du Nord, de l’Ouest et de Saint-Germain. Le gouvernement est réduit à placer les propriétés publiques et privées sous la sauvegarde de la république, et, comme les abstractions politiques ne peuvent rien contre les malfaiteurs, il est forcé d’envoyer des troupes pour réprimer les brigandages.

M. Victor Hugo, du haut de la tribune, constata, dans son discours du 20 juin 1848, la déplorable situation du pays : « plus de confiance, plus de crédit, plus de commerce, la demande a cessé, les débouchés se ferment, les faillites se multiplient, les loyers et les fermages ne se paient plus ; tout a fléchi à la fois. Les familles riches sont gênées, les familles aisées sont pauvres, les familles pauvres sont ruinées. » La France avait, il est vrai, pour se consoler, les bœufs aux cornes dorées, les vierges en robes blanches des fêtes de l’agriculture, les représentans en gilet à la Robespierre, le journal la Commune, le journal la Guillotine, les conférences du Luxembourg sur l’organisation du travail, et comme spécimen de cette organisation les ateliers nationaux et les ateliers égalitaires. Elle jugea qu’il lui fallait autre chose ; la dictature de l’empire sortit de l’anarchie néo-montagnarde, comme elle était sortie de l’anarchie du directoire, et la commune de 1871 à son tour sortit tout armée de la dictature de l’empire.

Nous arrêterons-nous enfin dans cette voie funeste, et verrons-nous s’accomplir la révolution de l’ordre, de la stabilité, du progrès calme et rationnel ? On est en droit de l’espérer, si nous avons la sagesse de secouer le joug des funestes doctrines du jacobinisme, qui ont perdu la première république, compromis la seconde, et qui menacent encore la troisième, car l’on peut dire des néo-terroristes ce que Napoléon disait des partisans quand même de l’ancienne monarchie : qu’ils n’ont rien appris ni rien oublié. Le livre de M. Gradis, depuis la première page jusqu’à la dernière, le prouve avec l’irréfutable autorité des faits.
CHARLES LOUANDRE.

Prix : €100.00


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